La gestion des gazons dans une démarche de développement durable :
Choix des espèces pour une gestion différenciée et des conditions extrêmes
Le vaste sujet de la gestion différenciée des surfaces engazonnées ne peut pas être limité à une approche à l’échelle nationale étant donné que les problématiques sont très différentes selon la localisation du gazon, le climat, la région,les conditions de travail ainsi que l’usage que l’on réserve à la surface engazonnée. Il est important d’adapter les mélanges en fonction des contraintes de chantier et des contraintes économiques, techniques et pratiques de l’utilisateur ainsi que de vos objectifs écologiques et paysagers :
Quelles sont les espèces les mieux adaptées à une gestion différenciée ?
Pour les usages intensifs, les tontes sont fréquentes et constituent un facteur limitant de l’entretien des gazons. La Fétuque élevée est adaptée à des tontes régulières,et reste verte et pousse beaucoup au printemps. Aussi, la quantité de déchets de tonte est importante. L’association de trèfle blanc et de Fétuque élevée permet au gazon de rester vert grâce à l’alimentation azotée continue tout au long de l’année apportée par les légumineuses. Cette association convient aux espaces verts peu fertilisés, particulièrement en milieu océanique. Par contre,une telle association ne convient pas aux régions méditerranéennes. Rappelons aussi que le Cynodon et la technique du mulching (pour les prairies naturelles) sont aussi adaptés à ces conditions.
Pour les usages extensifs, les espèces à tonte limitée et entretien réduit sont :
Selon des essais réalisés aux Alleuds (par M. GALBRUN), le Ray-Grass Anglais gazon génère étonnement beaucoup moins de déchets de tonte que la Fétuque élevée, la Fétuque rouge demi-traçante, la Fétuque ovine, les mélanges gazon et les mélanges fourragers. Selon les variétés, les déchets de tonte peuvent beaucoup varier. En effet, un Ray-Grass Anglais fourrager donne le double de déchets de tonte qu’un Ray-Grass Anglais gazon. Un mélange bas de gamme contenant du Ray-Grass Anglais fourrager peut donc s’avérer être un mauvais choix à court terme. Le travail de sélection réalisé sur le Ray-Grass Anglais gazon a permis, assez remarquablement, d’améliorer ses caractéristiques. Le Ray-Grass Anglais est performant dans bien des domaines mais est moins pérenne que les Fétuques élevées ou les Fétuques rouges. Aussi, une association peut être une bonne alternative.
La Fétuque élevée est l’espèce qui produit le plus de matière verte, surtout au printemps, et très rapidement après la sortie de l’hiver (début mai) puis elle reste bien verte l’été. Cependant on observe de grandes variations selon les variétés de Fétuques élevées.
Pour l’usage sur terrains de sports, l’association des trois Ray-Grass Anglais complémentaires supporte les tontes courtes si la fertilisation est suffisante, avec des déchets de tonte réduits, une finesse et une densité satisfaisantes ainsi que des désherbage plus faciles à gérer.
En conditions extensives, la Fétuque rouge peut continuer à pousser même en l’absence de fertilisation, contrairement au Ray-Grass Anglais. Les Fétuques ovines, Fétuques rouges (gazonnantes et demi – traçantes) gardent une bonne tenue et même s’améliorent alors que les Fétuques élevées et les Ray-Grass Anglais se dégradent.
Quelles sont les espèces les mieux adaptées à des conditions extrêmes ?
En bord de mer, les deux principaux problèmes rencontrés en bord de mer sont la salinité mais aussi l’utilisation d’eaux usées comme eau d’irrigation.
Pour un usage intensif (espace vert), l’association de Cynodon et de Fétuque rouge demi-traçante peut être préconisée.
La Fétuque rouge demi – traçante convient à la côte atlantique , où l’on en trouve effectivement des écotypes. Cette espèce supporte la salinité et la sécheresse courte.
Quant au Cynodon,il convient aussi au bord de mer mais présente l’inconvénient de sa dormance hivernale, même si cette dernière est limitée en bord de mer par une durée de végétation plus longue sous ce climat. Elle entre en dormance 6 mois par an en moyenne en France: depuis les premières gelées jusqu’à fin avril, début mai. Pour remédier à cela, on peut l’associer avec une autre espèce ou bien effectuer un sursemis tous les automnes avec du Ray-Grass Anglais, du Ray Grass d’Italie, ou du Pâturin commun pour limiter l’aspect jaune hivernal.
Dans les régions soumises à la sécheresse, les Fétuques rouges demi-traçantes résistent aux sécheresses courtes mais pas à des températures de plus de 35°C.
Pour les régions sèches et chaudes, le Cynodon est l’espèce la mieux adaptée. Des variétés de Fétuque élevée sont assez performantes et ont une bonne marge de progression en terme de sélection génétique dans les dix années à venir.
Dans les régions froides, deux espèces peuvent être préconisées: la Fétuque rouge gazonnante est la mieux adaptée au froid ; sa finesse, sa densité et sa résistance au piétinement font qu’elle est souvent adoptée sur les terrains de sports en Suède ou en Norvège. Le Pâturin des près est aussi adapté au froid mais on observe une grande variabilité de comportement selon les variétés puisque certaines entrent en dormance hivernale en cas de couverture neigeuse, ce qui les protège des fusarioses hivernales mais pose problème pour les terrains de sports.
Les espèces adaptées à l’ombre sont :
Le Pâturin commun . Il s’agit plutôt d’une espèce de réparation pour répondre à un problème ponctuel d’ombre. En effet, cette espèce craint le soleil, est agressive et n’est pas pérenne .Elle est donc peu adaptée aux mélanges.
La Canche, adaptée plutôt pour les espaces verts ombragés, et délicate sur terrains de sports. A utiliser de préférence pur , ou bien en mélange, à la rigueur, mais avec du Ray-Grass Anglais uniquement.
Le Ray-Grass Anglais, qui donne de très bons résultats et est adapté aux terrains de sports.
En règle générale , le choix des espèces et des mélanges est déterminé par ces multiples critères climatiques, pédologiques , écologiques etc…. Chaque surface engazonnée est dotée de particularités à étudier pour sélectionner l’espèce qui sera la plus adaptée. Enfin , il faut garder à l’esprit qu’un gazon a une durée de vie de dix à quinze ans , ce qui rend le choix variétal primordial.
M. Galbrun (Les Alleuds)
Mme HADDAD (Institut Technique des Gazons)
Article paru en 2004 dans SEHF.
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Révision : 30 mars 2008.